La bulle médiatique née de la déclaration de vingt scientifiques sur la question de la dangerosité des téléphones mobiles a montré, une fois de plus, avec quelle légèreté sont gérés les rapports entre science et médias.
Un peu d'histoire : depuis le début du XXème siècle, les interrogations liées à l'usage prolongé des champs magnétiques ont donné lieu à bon nombre de violentes polémiques. Il suffit de relire les travaux passionnants de Nicolas Tesla (2) pour s'en convaincre. Aujourd'hui, on nous brandit le « principe de précaution » à tout bout de champ, et tout de suite on sonne l'alarme.
Le problème soulevé mérite tout de même mieux qu'un « coup médiatique ». Un film de quelques secondes a déclenché « le buzz » sur Internet (plus de 200 000 consultations en six jours). Cette vidéo réalisée caméra au point, en plan séquence, présente deux amis réunissant quatre téléphones GSM placés en croix, au milieu desquels sont disposés des grains de maïs crus. Faisant sonner les quatre appareils en même temps, les grains explosent soudainement en popcorn, ce qui est censé démontrer l'influence des ondes additionnées.
Cette « démonstration » étonnante suscita une polémique sur les forums Internet, dénonçant l'influence néfaste des ondes sur le cerveau, avant que la supercherie ne soit dévoilée et qu'un fabricant d'oreillettes blue-tooth ne confirme qu'il s'agissait bien d'un film publicitaire vantant l'utilité de ses produits.
La référence au « principe de précaution » comme seule réponse à un problème posé par la confrontation des évolutions de nos sciences avec la santé est une conception curieuse du progrès. Où en seraient nos modes de transport ou notre industrie si ce principe avait été appliqué ? Aurionsnous atteint les 100 km/h si l'on avait écouté les scientifiques prédisant le manque d'oxygène à une telle vitesse ? Et que dire des travaux de Pierre et Marie Curie sur la radioactivité...
Le principe de précaution relève du champ de l'expertise. Il impose une distinction claire entre Savoirs et Pouvoir. Ce principe induit aussi le questionnement et l'établissement d'un référentiel méthodologique normalisé. C'est précisément dans cette indépendance, loin des pressions et du tumulte médiatique, que nos institutions doivent faire appel à l'expertise oeuvrant dans le domaine du savoir. Moins de battage, plus de sérieux !
(1) Inventeur et ingénieur d'origine serbe, émigré aux Etats-Unis, 1856-1943