En 1999, Luc Boltanski et Eve Chiapello expliquaient que la force du système capitaliste avait été d'intégrer les critiques qui lui avaient été adressées afin d'améliorer son mode de fonctionnement. Ces critiques étaient de deux ordres : la critique sociale, insistant sur la pauvreté qu'il générait, et la critique artiste, fondée sur les freins à la créativité inhérents au fordisme. Durant les Trente Glorieuses, les entreprises ont répondu à la première critique en reversant aux salariés une bonne part de leurs gains de productivité. Le partage de la valeur ajoutée a même été favorable aux travailleurs jusqu'au début des années 80. La critique artiste a également été entendue : grâce au développement des TIC, les salariés ont reçu des responsabilités, des missions à accomplir. Trop, apparemment, puisque les études montrent qu'une majorité préférerait aujourd'hui un moindre salaire pour des conditions de travail plus tranquilles. C'est le fameux syndrome du burnout. Les entreprises ne comprennent plus.
L'Inspection du Travail est le premier témoin de ces tensions. Ses agents se plaignent d'effectifs insuffisants : 2190 agents pour 1,8 millions d'entreprises et 18,2 millions de salariés. Autrement dit, chaque agent doit « gérer » 840 entreprises et plus de 8 300 salariés. La transposition des directives européennes, les accords dérogatoires à la législation, les nouveaux dangers comme les troubles psychosociaux rendent la tâche de ces agents plus complexe. De son côté, l'Etat affirme avoir opéré un rattrapage en matière d'effectifs après la baisse qui s'est déroulée entre les années 1985 et 2002. Cette querelle de chiffres révèle un mal bien plus profond.
Les entreprises perçoivent les agents de contrôle comme de véritables entraves au développement de leurs activités économiques. Les salariés les jugent parfois lents et inefficaces. En fait, quand les uns parlent de concurrence accrue et de flexibilité, les autres y voient de l'insécurité économique et des menaces. L'absence de dialogue social est patente. C’est pourquoi, tant que toutes les parties prenantes ne se réuniront pas pour trouver ensemble des solutions à ces questions, le corps chargé de veiller à l’application du droit du travail souffrira. D’ailleurs, ces modèles qui périodiquement sont pris en exemple (danois, allemand) ne sont-ils pas caractérisés par la qualité de leur dialogue social ?