Les Allemands et les Anglais l'ont compris en premier. Les Italiens et les Espagnols s'y résolvent aujourd'hui. Demain les Français n'auront d'autre choix que celui d'affronter les réalités de l'après-crise dans une Europe placée sous le regard critique du reste du monde.
D'ici au 6 mai, beaucoup de Français vont tenter de résoudre la quadrature du cercle de la prospérité, avec les quatre côtés d'un carré magique : consommer plus, produire plus, vendre plus, administrer plus. Ils n'y arriveront pas ! La prospérité s'inscrit en fait dans un triangle : vendre plus, consommer mieux, administrer moins.
Nos amis européens l'ont appris, compris et admis. Les Allemands et les Anglais d'abord, puis les Italiens et les Espagnols, les Grecs en avant dernier. Ils ont tous entrepris, dans la douleur au mieux, dans le drame au pire, les mutations comportementales que nous ne pourrons ignorer longtemps malgré notre déni des réalités.
Consommer mieux, ce n'est pas seulement faire écolo, équilibré, comme la mode Bobo nous le suggère. C'est penser, lors de nos achats, aux revenus de nos proches qui vivent de leur seul travail de producteurs, sans garantie d'emploi. Et comprendre que ce qui n'est pas payé dans le petit prix des produits exotiques qui fabriquent nos chômeurs l'est dans la feuille d'impôts, et dans la diminution des aides de l'Etat finalement surendetté par la charge qu'il supporte.
C'est aussi ne pas laisser cohabiter les comportements de surconsommation futile qui aggravent la détresse de ceux qui sont privés de la consommation utile. La consommation, mode de vie importé des Etas Unis, comme l'argent qui va avec, ne fait pas le bonheur, mais elle fait le malheur de l'existence quand elle est réduite aux nécessités de la survie.
Vendre plus est le seul moyen de produire plus. Il ne sert à rien de fabriquer des produits techniquement admirables, si personne ne les achète. Sans bons vendeurs, le client impose toujours ses choix à ceux du fabriquant. Les Allemands ont de bons vendeurs qui ne se contentent pas de faire acheter le petit prix des produits bas de gamme. Ils vendent du haut de gamme à prix élevé. Nous le faisons avec eux dans l'aérospatiale. Si on veut garder ces vendeurs qui rapportent les bons gros contrats, il faut les payer. Hélas ! Par tradition culturelle et religieuse, nous méprisons leurs réussites, leurs résultats comme leurs revenus. Quitte à perdre la croissance qu'ils vont créer chez les autres, en se détournant de nos entreprises.
Administrer moins. Si mode que soient les deux mots, ils n'ont de sens que si on exprime bien ce qu'ils disent. La complexité des sociétés modernes exige qu'elles soient administrées avec fermeté, et que les « administrés » comprennent et admettent les loi votées en leurs noms, comme les décisions que la justice rend, toujours au nom du peuple. Le moins d'administration ne peut résulter que d'un moins d'étatisme centralisateur, d'omniprésence et d'omnipotence des services centraux du pouvoir exécutif, dont les cabinets, tutelles et autorités administratives ont absorbé les structures de la démocratie chère à Montesquieu.
Il faudra donner du temps aux Français, et encore plus de pédagogie, pour qu'ils se défassent de leurs néfastes habitudes en apprenant à consommer mieux, à vendre plus et à administrer moins. Observations utiles versées aux débats tendus provoqués par la crise.