Édito : La justice en 2003, un système malade ?
Dans l'édito de la Lettre de janvier 2003, Michel Rouger revient sur l'abus de la « consommation » pénale et procédurière.

Un lecteur critique de notre précédente lettre nous a fait grief de porter notre regard sur la justice en 2010, alors que tout commande de porter son action sur la justice en 2003 tant elle "dysfonctionne" et se distingue par sa lenteur.

Voire ! D'abord parce que les spécialistes de l'immédiat dominent notre société hypermédiatisée, tout en déplorant ne pas savoir pourquoi ils n'avancent pas. Ensuite parce que PRESAJE est convaincu de faire oeuvre plus utile en levant le nez du guidon pour voir où est le bon chemin.

C'est évident pour l'institution judiciaire, malade de deux maux.

La société malade de l'abus de "consommation" pénale

Plus de 10.000 textes de lois et règlements permettent de régler un différend par une action pénale. Au début, c'est un régal, on stigmatise le "coupable", qui peut n'être qu'un simple gêneur, on le pré-condamne par l'opprobre attaché à la plainte et, bonheur suprême, c'est gratuit. Par la suite, c'est beaucoup moins drôle, aussi bien pour la "victime" que pour le "coupable" car l'affaire traîne. Pire, si le "coupable" est un jour condamné, ses risques de le voir exécuter sa peine sont tellement faibles que la solution judiciaire est sans aucun effet.

La société malade de l'abus de "consommation" procédurière

Le procès moderne, qui se développe dans cette forêt touffue du droit, prend une forme monstrueuse. Tout est devenu si compliqué à comprendre, si urgent à traiter, si décalé entre les objectifs et les moyens, que le malheureux juge, écartelé entre le respect des procédures, l'écoute des plaideurs et la concurrence des médias d'investigation, est conduit à conforter sa démarche vers la vérité par d'interminables analyses. En ouvrant, par cette esquive, des boulevards aux spécialistes de l'obstacle et de la nullité.

Comment imaginer que ces deux types de dysfonctionnements puissent être soignés par des rapiéçages ? Ce dont ont besoin les responsables de l'économie et de la justice - deux univers étrangers l'un à l'autre - ce n'est pas d'une énième commission de réforme mais bien d'une vision globale de la société et de ses bouleversements.

Sous la houlette de PRESAJE, quatre groupes de jeunes professionnels, venus d'horizons divers, ont attaqué des thèmes déjà chauds mais dont tout le monde convient qu'ils deviendront bientôt brûlants, qu'il s'agisse de la vie professionnelle, de l'épargne, des marchés de l'audiovisuel ou des défis du "vivant".

Comprendre pour préparer l'avenir, apprendre à travailler ensemble, telle est l'ambition de ces ateliers. L'affaire est lancée.