Le monde assiste depuis le mois d'août 2007 à la mise en place du décor dans lequel va fonctionner l'économie au cours de la prochaine décennie. Le nouvel ordre mondial naît dans les convulsions. Depuis seize mois, chaque jour apporte son lot de surprises. Des événements d'ordre conjoncturel se mêlent à des transformations d'ordre structurel. Il n'est pas toujours facile de faire le tri entre le fait majeur et la péripétie mais chacun sent bien que l'on entre dans une nouvelle phase de développement économique. Avec peut-être plus d'aspects positifs qu'on ne l'imagine dans le climat tendu du moment.
La conjoncture.
L'épicentre de la crise, c'est l'effet de levier excessif recherché par les banques sur des marchés où l'on avait oublié la loi des cycles économiques. Celles qui ont échappé à la faillite ou au rachat en catastrophe par des concurrents s'imposent maintenant des cures drastiques. Elles taillent dans leurs effectifs, déplacent leurs cadres dirigeants et font la chasse aux fonds propres. Elles réfléchissent à la base d'effet de levier sur laquelle elles entendent désormais se caler. Et dans l'immédiat, elles se préoccupent activement de la physionomie de leur bilan au 31 décembre 2008. Les entreprises devront donc attendre le début de 2009 pour en savoir plus sur la nouvelle politique de crédit des banques avec lesquelles elles travaillent.
Comme on pouvait s'y attendre, la contraction brutale du crédit a eu immédiatement un grave effet récessif. On est passé en quelques semaines d'une crise financière à une crise de l'économie réelle. Ou plus précisément : à l'anticipation d'une crise de l'économie réelle. Et là, pour la première fois, les entreprises européennes ont réagi aussi vite et aussi fort que leurs consœurs américaines.
On sait que traditionnellement, les crises durent moins longtemps aux Etats-Unis qu'en Europe car les chefs d'entreprise y ont moins d'états d'âme pour agir dans l'urgence et prendre des décisions qui font mal. Cela va souvent jusqu'à des « sur-réactions » d'anticipation. C'est ce à quoi on assiste en ce moment des deux côtés de l'Atlantique. Si c'est le cas, on peut espérer une sortie plus rapide.
Un espoir qui se nourrit également de l'attitude des gouvernements des pays industrialisés. On assiste à un 1929 à l'envers : il n'y a plus de tabous ! Jamais on a vu une telle mobilisation des Etats pour remettre en marche la machine économique, quitte à s'affranchir des codes de bonne conduite budgétaire et à renier quelques uns des principes de base du libéralisme.
Les structures.
La crise de 2007-2008 est déjà en train de déboucher sur un événement majeur. Pour la première fois depuis qu'elle est devenue la première puissance économie mondiale, l'Amérique ne va plus être la seule à fixer la règle du jeu sur les marchés. La crise est née aux Etats-Unis et elle va être gérée à partir de janvier 2009 par une administration démocrate qui accepte le principe d'un renforcement des règles de régulation. Et surtout, on a vu ces dernières semaines le G20 montrer au monde le nouveau visage du directoire mondial. On peut ironiser sur le long catalogue des mesures évoquées lors d'un sommet de Washington qui se tenait en l'absence du futur président des EtatsUnis, mais le dossier est désormais ouvert. En Amérique, en Asie et en Europe, le pragmatisme de ceux qui sont appelés à le traiter est de bon augure. Rien ne dit que dans les six mois qui viennent, l'économie mondiale n'entrera pas dans un cycle de croissance modérée (moins d'effet de levier) mais assainie (plus d'encadrement des marchés).Le pire n'est jamais sûr.