Démographie : Pourquoi tant de Naissances en France ?
Les démographes des pays européens viennent enquêter en France auprès de l'INED pour essayer de comprendre pourquoi la natalité reste aussi forte dans notre pays depuis l'an 2000. Un aspect est méconnu : le ralentissement du recul continu de l'âge moyen à la naissance, ce qui n'empêche pas les femmes de souhaiter avoir au moins deux enfants. Yves Montenay, démographe, président d'ICEG (Institut Culture Economie Géopolitique) relativise par ailleurs l'influence de l'immigration sur le taux de natalité et souligne à l'inverse l'importance cruciale de la politique familiale.

La presse s'est répandue en articles positifs, mais un peu étonnés, sur le « bon » chiffre des naissances en 2010. Cela sans en donner d'explication bien convaincante. D'ailleurs, plus que celui de 2010, c'est le niveau des naissances depuis l'an 2000 qui est le fait important, ce niveau étant nettement plus élevé que celui des 20 ans précédents.

L'explication principale en est simple et classique : c'est le ralentissement, puis la fin peutêtre provisoire, du recul continu de l'âge moyen à la naissance.

Illustrons d'abord que ce recul est un phénomène important. Raisonnons par l'absurde. Supposons qu'en 1995, toutes les femmes avaient tous leurs enfants (donc deux jumeaux) à 25 ans, et que les suivantes décident de les avoir à 30 ans. Il n'y aurait aucune naissance de 1995 à 2000 et on retrouverait le nombre normal ensuite. Il y aurait ainsi un trou dans la pyramide des âges, ce qui causerait de fortes perturbations (scolarisation, puis emploi, puis retraite).

Pour que ce phénomène important joue à plein et durablement, il faut deux conditions :

  • l'une, évidente, est que l'âge moyen à la naissance ne recommence pas à augmenter. Évidemment, on ne le sait pas à l'avance. On sait par compte qu'il ne peut reculer indéfiniment, les médecins mettant en garde les mères sur les risques des grossesses tardives (disons après 35 et surtout 40 ans). Et comme en pratique les phénomènes démographiques ne sont pas aussi brutaux que dans mes exemples, plus il y a de naissances après 30 ans et moins les maternités ont tendance à se retarder encore davantage.

  • l'autre condition est que la descendance finale (le nombre d'enfants qu'une femme a à la fin de sa vie féconde) reste inchangée. Elle est actuellement de 2 enfants par femme depuis plusieurs décennies, et ne paraît pas en train de se modifier.

En résumé, si l'on ne change pas cet objectif final de deux enfants, il faut bien un jour rattraper le retard que l'on a pris auparavant. Ce n'est pas la première fois que joue cet effet calendrier : la première partie du baby-boom, autour de 1950 a vu une réelle augmentation de la fécondité, mais qui a été accentuée par le rajeunissement de l'âge à la première naissance, peut-être simple rattrapage du mouvement inverse de 1935 et 1945 dû à la crise de 1929, puis à la guerre. Cela mène à une deuxième question : pourquoi cette descendance finale reste-t-elle stable à long terme en France, alors qu'elle diminue dans pratiquement tous les pays du monde, et est à nettement moins de deux de l'Allemagne au Japon en passant par tout le sud, le centre et l'est de l'Europe, puis par la Chine ?

C'est un mystère pour nos amis européens, dont les démographes débarquent en rangs serrés à l'INED pour demander quel est le secret des Françaises. La réponse est simple : une politique familiale continue depuis 1939, et donc appliquée par des hommes politiques aussi différents que Paul Reynaud, Philippe Pétain, le général De Gaulle et tous les autres, avec un bémol pour les premières années Mitterrand, dont les velléités malthusiennes ont vite été bloquées. On pense à juste titre aux allocations familiales, mais d'autres actions ont probablement été plus importantes : les crèches et plus encore l’école maternelle précoce et la scolarisation l’après-midi, et surtout la continuité qui a fini par persuader les mères françaises que la société était avec elles. Dans les autres pays par contre, cette question

était considérée comme strictement privée et on vient tout juste de prendre conscience, probablement trop tard, que la chute de la fécondité avait des conséquences catastrophiques pour l'ensemble du pays.

Il y a un phénomène accessoire, dû à l'immigration, qui est délicat à expliquer car, on ne sait pas comment le mesurer : il n'y a pas de statistiques ethniques et il y a de plus en plus de couples « vraiment » mixtes (regardez dans la rue), et puis la deuxième ou troisième ou quatrième génération est-elle encore « immigrée » ?

Rappelons d’abord que, pour les immigrations anciennes (italienne, ibérique..) et pour une bonne part de l'immigration maghrébine, il n'y a pas de différence observable de fécondité par rapport au reste de la population. D’ailleurs le grand public commence à savoir que l'influence du pays de départ n'est pas ce qu'on imaginait, car il y a maintenant assez longtemps que la fécondité en Turquie ou au Maghreb n'est pas très différente de la fécondité française, tandis que les fécondités italiennes ou ibériques sont nettement plus basses. À titre anecdotique, je rajoute que les fécondités tunisienne et martiniquaise sont plus faibles que celle de la France métropolitaine. En gros, les seuls immigrants vraiment prolifiques sont les Sub-sahariens, ce qui est (pour l'instant ?) accessoire et, encore plus accessoirement, les Mahorais dont la fécondité est gonflée par les pirogues de femmes enceintes venant de l'île voisine d'Anjouan. Il y a là une frontière toute aussi impossible à surveiller que celle de la Guyane dans la forêt vierge.

Mais ce niveau de la descendance finale des immigrés peu différent en général de celui du reste de la population a lui aussi son « effet de calendrier », car la fécondité des migrantes récentes est gonflée par le fait qu'elles ont souvent un enfant à l'arrivée en France pour des raisons de sécurité juridique ou tout simplement d'amélioration de leurs perspectives de vie, sans que cela change a priori leur descendance finale. De toute façon, la proportion d'immigrés non européens en France (5 % ? 8 % ?) ne peut pas changer beaucoup les chiffres globaux et l'augmentation des naissances vient de l'ensemble de la population.

En résumé, le phénomène principal est celui de la fin de l'augmentation de l'âge à la naissance, et surtout, ce que l'on ne voit pas, le fait que les couples gardent un objectif de descendance finale de deux enfants (en fait un peu plus, ce qui compense la stérilité, volontaire ou non, de peut-être 10 % de la population).

Dans l'avenir, le nombre des naissances pourrait diminuer, même à fécondité constante, car il y aura moins de femmes de 30-35 ans, du moins jusqu'en 2030. La fécondité elle-même pourrait ne pas rester constante si de « mauvais signaux » étaient envoyés, par exemple la réduction actuellement examinée des suppléments de retraite aux mères de famille, ce qui serait de plus une injustice profonde, car elles sacrifient souvent leur carrière, et donc leur propre retraite, pour élever des enfants qui paieront celles des autres !