Le QG d'Atalante
- Patrick Mairé
Quelles sont les relations entre le commandant d'Atalante et Bruxelles? Tous les pays participant à Atalante sontils représentés au sein du quartier général?
- Robbert Jurriansen
C'est le général Buster Howes qui commande le quartier général des forces armées européennes à Northwood et qui rend compte de cette tâche à Bruxelles. Presque tous les pays participant à l'opération sont représentés, même l'Ukraine, par exemple, qui n'a pas encore pris part à la lutte contre la piraterie, mais va le faire prochainement en mettant à disposition un avion de patrouille maritime.
- Xavier Mesnet
La France a toujours défendu le principe selon lequel l'opération Atalante devait être dirigée depuis l'Angleterre. En effet, les résultats que l'on peut en attendre dépendent étroitement des bonnes relations entre les grandes coalitions et le monde maritime, et l'Angleterre joue un rôle clef dans le monde maritime.
La solidarité des gens de mer
- Thierry Dussart, journaliste au Télégramme
La coopération entre les différentes coalitions représente-t-elle plutôt l'avantage de la complémentarité ou l'inconvénient de la dispersion?
- Gérard Valin
Il est évident que l'implication de l'ensemble des États du monde ne peut pas se faire sous un commandement unique. On n'imagine pas l'Iran, l'Inde ou la Chine passer sous le commandement des Américains ou des Français. Partant, on peut difficilement parler d'avantages ou d'inconvénients : la coopération est une nécessité, à prendre comme telle. L'important est que, sur le théâtre, les actions soient coordonnées. Or, elles le sont. L'opération Atalante permet d'organiser des convois cohérents de bateaux en fonction de leur vulnérabilité, de leur vitesse, etc. Les convois de bateaux chinois sont plutôt accompagnés par la marine chinoise, et les convois de bateaux iraniens par la marine iranienne, mais si un bateau supplémentaire, relevant d'un autre pavillon, se joint au groupe, cela ne pose aucun problème. De même, lorsque j'ai mené les opérations du Ponant, du Carré d'as et de la Tanit, j'ai bénéficié de l'aide de certains pays qui ne font partie d'aucune coalition. Il existe une tradition de solidarité entre les gens de mer, et elle joue pleinement dans la lutte contre la piraterie.
Les atouts de l'Union européenne
- Xavier Mesnet
Certains pays ne participent pas aux opérations dans le cadre de l'Union européenne mais dans celui de l'OTAN. C'est le cas du Danemark, qui apporte une contribution vraiment extraordinaire à nos actions, de même que la Turquie. C'est pourquoi, même si la France a engagé tous ses moyens dans l'opération Atalante, elle soutient également les opérations Ocean Shield de l'OTAN, qui ont leur intérêt propre. Chaque coalition a ses propres spécificités. Pour Atalante, il s'agit par exemple de la capacité à conclure des accords juridiques avec les différents pays, capacité que n'a pas l'OTAN. C'est un très grand atout de l'Union européenne. C'est la raison pour laquelle nous poussons cette dernière à reprendre l'avantage qu'elle a perdu en se montrant incapable de juger les pirates capturés.
- Gérard Valin
Plusieurs intervenants ont souligné que la solution du problème de la piraterie ne pourra pas être uniquement militaire : elle sera forcément globale et prendra également en compte les aspects politique, économique, humanitaire, etc. Or, contrairement à une simple coalition militaire, l'Union européenne dispose de leviers qui lui donnent la capacité d'agir dans l'ensemble de ces domaines.
Le théâtre d'opérations libyen
- Thierry Dussart
La redistribution des forces navales en raison de l'opération libyenne se fait-elle au détriment de la lutte contre la piraterie ?
- Xavier Mesnet
Il est clair que l'action en Libye consomme du potentiel militaire. Cela dit, aucun bateau n'a quitté le théâtre de l'océan Indien pour se rendre en Libye.