Les enjeux soulevés par la liberté d’installation des médecins, au cœur des Etats Généraux issus du conflit entre le gouvernement et les internes, sont multiples. D’un côté, il existerait un risque d’exclusion de l’accès aux soins par une partie de la population. De l’autre, il serait nécessaire de restreindre la liberté d’installation, fondement de la médecine libérale. L’origine du conflit dérive du choix , par le gouvernement, de conditionner l’installation à une densité médicale de référence.
Le développement récent des connaissances en démographie médicale a permis de mieux maîtriser techniquement certains outils d’aide à la décision, comme la densité médicale. Mais il a permis de réaliser, dans le même temps, que 1) il ne semble pas exister actuellement de méthode fiable de référence pour traiter l’ensemble de la question ; 2 ) la densité médicale, bien que fiabilisée en grande partie dans sa construction, ne reflète que partiellement les réalités de l’exercice médical et de son devenir. D’où la demande d’une recherche de critères pertinents à un niveau local par des études de terrain
A l’origine de ces réflexions, on trouve plusieurs publications nationales et étrangères évoquant une modification des comportements et des modes d’exercice de la médecine. Ces évolutions dérivent de nouveaux phénomènes démographiques et sociologiques tant professionnels que personnels (vieillissement, féminisation, emploi du conjoint, services de proximités, proximité hospitalière, charge de travail, temps de travail…). Leur nature les liant à chaque contexte territorial et historique, une information trop standardisée et globalisante apparaît comme nettement insuffisante. Les besoins en ressources de santé de Paris sont bien différents de ceux de la région PACA. Dans le cas de figure proposé, les politiques d’installation seraient pourtant les mêmes. Par ailleurs, l’instauration en Allemagne de ce type de contraintes à l’installation des médecins a fait chuter leur effectif total en décourageant les candidats : ce qui aggrave les inégalités.
Qu’attendre des Etats généraux ? Le déficit de certaines régions doit probablement conduire à prendre des décisions incitatives exceptionnelles , fortes, claires et rapides mais modulées dans le temps, après évaluation de l’efficacité des mesures existantes. Ensuite, il semble impératif de développer des outils d’anticipation pertinents, s’appuyant sur les données de terrain, reflet de la réalité de l’exercice médical et des besoins de santé de la population. C’est le rôle des organisations régionales de l’Observatoire National des Professions de Santé. Enfin, sur le modèle de certaines expériences étrangères réussies, des stratégies volontaristes de l’installation doivent être mises en œuvre conjointement au niveau local, par les facultés de médecine, les autorités de santé, l’ensemble des professions de santé, et les collectivités locales, dés le début des études de médecine et tout au long de l’activité professionnelle. L’ensemble de ces mesures doit faire l’objet d’une évaluation régulière. La question de l’éventualité d’opérateurs dédiés, catalysant ces mutations, doit être posée.