Au revoir tristesse
Le succès de deux livres à 50 ans d'intervalle, "Bonjour tristesse" et "Bonjour paresse", conduit Michel Rouger à une réflexion sur les transformations sociétales qui ont mené à leur popularité.

"Bonjour tristesse", "Bonjour paresse" : deux livres à succès qui méritent un rapprochement instructif.

1954, une adolescente exaltée et talentueuse fait sauter les verrous de la famille.

2004, une intellectuelle éclectique et farceuse dynamite les fondations de l'entreprise.

Tout cela serait banal, sans le succès rencontré par ces deux ouvrages à cinquante ans de distance. Depuis que l'être humain vit en collectivité, l'individuel et le collectif s'affrontent sur le champ de la liberté et de la responsabilité, sauf que les formes de cet affrontement ont sensiblement changé.

Qui oserait prédire à une adolescente de 2004 le succès d'un nouveau "Bonjour tristesse", alors que la soif de provocation du public est étanchée par les flots abondants de la télé-réalité, des gay-parades et de l'échangisme homo et hétéro ? Personne.

Qui oserait dire qu'un cadre d'EDF en 1954 aurait pu lancer l'appel d'un "Bonjour paresse" alors que tout le monde travaillait sans état d'âme pour reconstruire l'économie française et mériter un nouveau bien-être ? Personne.

Tout est affaire de circonstances, donc d'alternances, multiples et variées, dans le comportement des groupes humains qui, lorsqu'ils vivent en démocratie, font évoluer les institutions qu'ils se donnent. Certes, la construction de la société française, telle qu'elle résulte des chantiers accumulés depuis Colbert, tend à considérer que c'est l'institution, la norme, le règlement, qui déterminent le comportement des individus. Il se trouve simplement que cela ne marche plus.

L'ouvrage que viennent de co-éditer PRESAJE et DALLOZ sur la libération audiovisuelle, grâce aux travaux d'une jeune équipe brillante et compétente, montre à quel point, dans ce domaine qui façonne l'avenir, ces réflexions élémentaires sont pertinentes.

Il nous faut donc continuer à montrer, ouvrage après ouvrage, comment les individus, cellule de base de la société, gèrent leurs comportements, comment ils adaptent les normes et les règlements antérieurs à ces comportements, et comment les juges interprètent l'ensemble pour satisfaire le besoin de justice inhérent aux sociétés de liberté et de responsabilité.

Le vrai travail, utile pour l'avenir, est là : dans la compréhension des phénomènes sociétaux de base, pas dans la recherche de l'institution miraculeuse, de la loi et du règlement universels devant lesquels le citoyen pliera le genou, et le monde entier dira son admiration. N'en soyons pas affligés.

Adieu paresse.