700 millions de Chinois, et moi, et moi
Dans l'éditorial de la Lettre de Janvier 2011, Michel Rouger pour un regard sur l'évolution de la Chine depuis la révolution culturelle et ose une comparaison avec la situation actuelle de la France.

1966, année de la révolution culturelle chinoise et de la chanson de Jacques Dutronc. J'en reprends le titre, 45 ans plus tard, en doublant le nombre de Chinois. Avec le souvenir d'un périple de 15 jours, début 1979, l'an 01 de la Chine d'aujourd'hui. Le pays était tombé au fond de l'arriération et du sous-développement après 30 ans de Maoïsme. Les jeunes guides, ex-gardes rouges, qui nous encadraient avaient jeté le petit livre rouge à la corbeille, au sens propre et au sens figuré du capitalisme boursier.

Ils avaient une vision crédible de leur futur, exposée en français courant, avec une bonne pédagogie. Ils voulaient sortir la Chine de son marasme et de son isolement, le plus vite possible, en adoptant si besoin le modèle d'économie de marché qui faisait le succès de l'Occident américain. Sans la démocratie, qui ne s'appelait pas Droits de l'homme, modèle inadapté à un peuple aussi nombreux et turbulent. Ils choisissaient la puissance de la Chine, avant le bonheur des Chinois, qui en bénéficieraient plus tard. Ce modèle - capitalisme sans droits - s'est installé solidement. Il menace celui des EtatsUnis et de l'Occident : capitalisme et Droits de l'Homme.

Et moi et moi, Français, en 2011 ? J'observe que mes compatriotes dévorent le tout petit livre de l'inventeur du moteur à indignation qui entrainera la future révolution vers un troisième modèle, typical French, les Droits sans le capitalisme. Sans comprendre comment la Chine de Deng Xaoping avait pris, en trente ans d'économies, le chemin du vrai capitalisme, celui qui accumule le capital comme instrument de la conquête des marchés industriels, commerciaux et financiers et des richesses. Pas du faux, le nôtre, celui de l'accumulation des dettes causées par trente ans de déficits, comme instrument de soumission aux marchés financiers.

Il faudra beaucoup de vision et de pédagogie pour expliquer aux jeunes Français inquiets pourquoi ils auront besoin de l'économie libre et compétitive, qui produira les capitaux indispensables pour payer les dettes de l'héritage. Au moment où il leur faudra assumer les conséquences des mutations sociétales à venir, ajoutées à celles de la liquidation du passé. A défaut, ils connaitront la faillite, la dépendance et l'exil.