Le XXIème siècle sera celui de l’autoformation institutionnalisée et permanente Il y a 50 ans les acteurs de la révolution de mai 1968 voulaient libérer les individus du carcan de l’autorité qui était imposé tant dans le cadre moral que professionnel. L’arrivée de l’informatique allait répondre à leurs attentes.
Et 10 ans plus tard, fin des années 70 une première rupture a bousculé le monde professionnel, l’informatique individualisée faisait son apparition. Au fil des révolutions technologiques, elle allait imposer ses principes de fonctionnement, ses méthodes, ses modes de management et ces règles organisationnelles (les fameux process) pour arriver au monde que nous connaissons aujourd’hui.
Ces 40 ans ont profondément modifié la société et dans un mauvais raccourci je pourrais dire, « l’individualisation que mai 68 portait de ses vœux, l’informatique l’a fait ».
Mais au fait, c’était comment avant ?
Avant, dans les années 60 – 70 et jusqu’au milieu des années 80 l’informatique était émergente et totalement centralisée. D’énormes ordinateurs (IBM, Bull…), bien inférieurs à la puissance d’un portable d’aujourd’hui, occupaient d’immenses salles climatisées à coté des imprimantes de plusieurs mètres de long débitant leurs flots de listings et des disques durs d’une capacité de stockage de 300 méga octets et de la taille d’une machine à laver.
L’accès à ces ordinateurs était fait à l’aide de terminaux dits esclaves car ne disposant d’aucune capacité de traitement ou d’autonomie. Bref la « préhistoire du Digital » comme on dirait aujourd’hui.
Et bien sûr tout cela coutait très cher et n’était à la portée que de très grandes entreprises qui avaient les moyens financiers suffisants.
Et tout d’un coup, à la fin des années 70, arrivèrent les premiers ordinateurs personnels, suivis de près par les premiers logiciels de traitements de texte avec imprimante intégrée et les mini ordinateurs permettant aux PME de s’informatiser. La démocratisation de l’informatique était lancée et, pour accompagner ces changements, les sociétés de services et de logiciels se sont développées de toutes parts. C’est à cette époque que naissent Cap Gemini, Sopra, Microsoft ou Apple. On y trouve aussi les premiers logiciels « paramétrables» pour que les utilisateurs puissent se libérer des informaticiens et prendre leur autonomie.
Cela ne s’est pas fait tout seul, il a fallu former les personnes au passage du papier au logiciel, de la connaissance aux règles et aux paramétrages, de la production à la gestion de projet et aux nouveaux modes d’organisation. C’est ainsi que les SSII (Société de Services en Ingénierie Informatique) de l’époque ont généralisé la diffusion vers les entreprises les concepts et les méthodes liées à l’informatisation.
Et là, pas d’autre solution pour les entreprises que l’adaptation permanente pour acquérir les bénéfices promis par l’introduction puis la généralisation de l’informatique en termes d’efficacité, de rapidité, de productivité qui ont été et reste les facteurs essentiels de la rentabilité et de la survie.
Nombreuses sont celles qui ne se sont pas adaptées et ont disparu. DEC (Digital Equipement Corporation), numéro 2 mondial juste derrière IBM au milieu des années 80, rate le virage du PC et négocie mal le virage vers les services, disparait à la fin des années 90 malgré des réussites technologiques importantes comme sa base de données (RDB) qui a bien aidé à la réussite d’Oracle et Altavista qui a dominé les moteurs de recherche avant Google.
40 ans d’apprentissage permanent.
Mais ce sont les métiers et les personnes qui ont été les plus impactés et transformés par l’informatisation à marche forcée lors de ces 40 dernières années. En vrac ; l’arrivée des réseaux mondiaux du fixe et de l’Internet avec les services web, mail, messagerie, commerce électronique ; la gestion collaborative, la sécurité, la cryptographie ; la téléphonie mobile, les smart phones et leurs applications ; les plateformes d’intermédiations ; les ordinateurs portables de plus ne plus puissant, rendant encore plus autonome les utilisateurs ; la généralisation de la mise en processus des métiers et des tâches et enfin les outils de développement de plus en plus performant qui ont permis la robotisation de nombreuses tâches.
Cette période se caractérise aussi par un triple mouvement. Les techniciens sont devenus de plus en plus spécialisés pour devenir des experts, les producteurs utilisateurs ont vu leurs tâches augmentées et assistées et les managers, notamment dans les grands groupes ont vu leur vie professionnelle envahie par les process, la gestion des flux et l’accompagnement à la conduite du changement.
Les spécialistes, venant de l’informatique ou d’autres activités, n’ont eu de possibilité que d’accroitre leurs expertises vers une hyperspécialisation et le développement permanent de leurs compétences pour garantir leur position ou leur poste.
Les producteurs/utilisateurs ont été aussi soumis à une remise en cause permanente. Aujourd’hui difficile de ne pas maitriser l’ensemble des outils informatiques, téléphoniques ou collaboratif. Demain, ce sera la programmation et il est même d’ores et déjà prévu d’en apprendre les bases aux enfants dès le primaire, comme cela se passe dans d’autres pays comme le Canada ou l’Angleterre.
Mais ces 40 ans d’innovation permanente auront aussi beaucoup changé le mode de recrutement et de gestion des ressources humaines, en particulier au sein des structures innovantes lors de chaque période d’avancée technologique.
La caractéristique de ces périodes de rupture technologique et de changement est que les compétences techniques sont rares et le besoin important. La recherche des entreprises va donc se porter vers des profils à forts potentiels très motivés et où le diplômes à une valeur importante mais non déterminante. Cela a fait la joie de nombreux autodidactes qui ont pu ainsi intégrer le secteur informatique, comme cela a été le cas pour ses débuts dans les années 80, à l’arrivée de l’Internet, des réseaux ou des applications mobiles. Ces entreprises ont privilégié et généralisé l’apprentissage permanent, qu’il soit individuel ou collectif dans le seul objectif de réussir le projet porté en commun.
Ce mouvement s’est encore accéléré et c’est la vague que nous connaissons depuis 20 ans dans les startups avec des fonctionnements et des organisations plus horizontaux que verticaux et où l’apprentissage par l’expérimentation successive est la « norme ». Faire et apprendre en même temps, voilà la nouvelle règle. Cette méthode a notamment été mise en place pour les applications mobiles avec un cycle de produit très rapide ; une idée, un développement, une béta, un test en ligne et si les retours clients ne sont pas suffisants on jette et s’ils sont bons on débugge tout en maintenant l’application en ligne. Et c’est aussi dans cet esprit que X. Niel a lancé son école 42 où toute personne motivée peut venir se former, quels que soient son origine et son bagage et avec un modèle d’apprentissage très orienté sur la pratique.
L’autodidacte, profil caractéristique de notre monde moderne.
Le parcours professionnel de chacun est et sera souvent multiple.
Hier une personne ne connaissait le plus souvent qu’une entreprise et qu’un métier. Ce temps est révolu, les nouvelles générations savent très bien quelles seront amenées à être multi-métiers, certainement multi-activités, voire multi-secteurs (privé et public) et qu’aucune formation initiale ne peut répondre à tous ces critères.
Quel que soit son diplôme, on pourra être amené à changer de métier et se retrouver autodidacte dans sa nouvelle activité, bien qu’aillant une formation supérieure dans un autre domaine.
Chaque année, des nouveaux entrepreneurs seront des dizaines de milliers à créer des entreprises innovantes et apprendront tout en faisant lors du lancement et du développement de startups. Ils mettront en œuvre des qualités particulières et essentielles telles que la curiosité, la passion d’apprendre, la capacité à l’improvisation et la résistance à l’incertitude qui sont des gènes communs aux autodidactes.
Et Wikipédia ne s’y est pas trompé car « Autodidacte » se transforme en «autoformation» qui est « le fait de se former par soi même quel qu’en soient les moyens notamment par la ou les pratiques qui me semblent les plus justes ».
Enfin, la fameuse citation d’« O.L Barenton, confiseur » livre d’Auguste Detoeuf paru en 1951, « Dieu n'a créé que le ciel et la terre, l'Autodidacte a fait mieux : il s'est créé lui-même ». Là est peut être une des bases de la société apprenante.
Place aux millénnials et aux nouvelles générations qui savent déjà que quelles que soient leurs formations initiales, l’obligation d’apprendre sera leurs lots et qu’ils seront plus jugés sur ce qu’ils réaliseront que sur ce qu’ils sont.